Le Conseil national des médias du Canada trouve de sérieuses failles dans la façon dont le Globe & Mail couvre Bombardier

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Un organisme d’autorégulation qui veille à l’équité et à l’éthique dans la presse, le Conseil national des médias du Canada (Conseil) a rendu une décision officielle selon laquelle un article important du journal Globe & Mail sur Bombardier a été entaché d’importantes failles journalistiques. Le journal a reçu l'ordre de rétablir les faits publiquement.

Voici comment cela s’est passé.

Le 31 juillet dernier, le Globe a publié à la une un article qui reposait sur l’idée que notre contrat de fourniture de composants de signalisation ferroviaire, d’une valeur de huit millions $, obtenu dans le cadre d’un projet russe de transport sur rail communément appelé « Ukraine Bypass », contrevient d'une certaine façon à la politique étrangère du Canada.

Toutefois, le manque d'équilibre dans l’information fournie, les erreurs et la partialité des sources de l’article du Globe remettaient encore une fois en cause l'engagement du journal à fournir une couverture honnête et objective de notre entreprise.

Nous avons présenté par écrit nos objections au Globe (le courrier se trouve ici), mais le journal les a écartés sans juger nécessaire de répondre à la plupart de nos points. Nous avons donc déposé une plainte auprès du Conseil. Tous les détails peuvent être consultés en cliquant sur ce lien, et en voici un aperçu :

  • La vérité pure et simple, c'est que notre participation au projet de contournement de l'Ukraine respecte pleinement toutes les lois et tous les règlements, y compris les diverses sanctions et interdictions que notre gouvernement a mises en place pour faire des affaires en Russie. Personne n'a jamais soutenu le contraire. C'est un fait que le Globe n'a ni confirmé ni rapporté avec exactitude.

  • Au lieu de cela, l'article de plus de 1 200 mots a été rédigé à partir de ce que le journal qualifie de « critiques » affirmant que le projet « n'aurait jamais dû voir le jour » en raison de la politique étrangère canadienne; et pour appuyer cette grave allégation, le Globe n'a présenté qu'une seule et unique source – celle d’un lobbyiste à temps partiel du Congrès ukrainien canadien (UCC), Paul Grod. Le terme « critiques » est utilisé plusieurs fois tout au long de l'article, et pourtant M. Grod est la seule personne qui exprime des objections sur cette base.

  • Le Globe fait tout en son pouvoir pour souligner les utilisations militaires potentielles des voies ferrées sans parler du fait hautement pertinent que ces voies ferrées sont actuellement utilisées pour du transport de marchandises et du transport de passagers. Le transport de marchandises a commencé en septembre dernier, et le transport de passagers en novembre dernier. Des rapports médiatiques confirment que jusqu'à 190 trains empruntent ces voies chaque jour. Les personnes visitant la Russie pour la Coupe du Monde, par exemple, pouvaient facilement acheter des billets sur Internet. Ces faits ont également été ignorés par le Globe dans son article qui couvrait trois pages pleines.

  • De plus, même dans la partie abrégée de notre déclaration que le Globe a reproduite dans son article, il y avait une erreur factuelle flagrante. L’article fait dire à notre porte-parole, Olivier Marcil : « This project is located 100 percent inside the Unrecognized borders of Russia... », mais ce n'est pas ce qu'il a dit. Au contraire, nous avons fait remarquer que le projet se trouvait entièrement « inside the UN-recognized borders of Russia », faisant évidemment référence aux Nations Unies. Cette erreur a complètement inversé le sens de notre déclaration pourtant transmise par écrit au Globe.

  • Lorsque le Globe a tenté de corriger son erreur, il n’a pas vraiment expliqué comment une erreur de cette ampleur avait pu se produire. L'article initial prenait toute la première page et deux autres pages. La correction du Globe se limitait à deux phrases au bas de la page A2. La portée de l'article initial a été amplifiée par le Globe sur les médias sociaux, y compris par plusieurs de ses rédacteurs en chef et journalistes. Alors que le journal aurait pu facilement orienter les lecteurs vers sa correction en utilisant ces mêmes comptes de médias sociaux, il ne l'a pas fait.

Après un processus d'examen de six semaines, le Conseil nous a donné raison sur la façon inappropriée dont le Globe avait qualifié ses sources. Le Conseil a également statué que le Globe omettait de l'information clé sur la nature de la politique et des sanctions canadiennes - constituant les prémisses mêmes de l'article.

Résumé des failles du Globe & Mail dans sa couverture de Bombardier

1. Le Conseil a trouvé que le Globe a omis d’informer pleinement ses lecteurs des faits réels du régime de sanctions et des politiques gouvernementales connexes, et par extension, du fait que Bombardier respecte les politiques du gouvernement

Comme l’a fait remarquer le Conseil, « c’est le devoir du journaliste de trouver et de présenter l’information d’une manière responsable afin que le public puisse être informé des décisions politiques et de celles de l’entreprise, et poser des questions sur celles-ci. »1. En reconnaissant le bien-fondé de la plainte de Bombardier, il a trouvé qu’il était évident que les lecteurs ont besoin de comprendre plus précisément quelles sont ces politiques et ces sanctions. »1

En d’autres mots, le texte tout entier est fondé sur la question de savoir si Bombardier respecte ou non les politiques gouvernementales. Choisir délibérément d’omettre de l’information importante qui n’appuie pas l’argumentation contrevient au propre code de conduite du Globe qui prône une couverture honnête et objective; et cela ne rend service ni aux lecteurs ni à Bombardier.

2. Le Conseil a aussi trouvé que le Globe a omis de prouver la présence de plus d’un critique se questionnant quant au respect des politiques du gouvernement du Canada par le projet ferroviaire. Le Conseil fait remarquer que « [Le Globe] fait référence à d’autres critiques… sans les nommer dans l’article ni dans sa réponse au Conseil. »1 Il poursuit en disant que « les chiffres sont importants »1. « Les chiffres peuvent impliquer soutenir ou donner de l'importance à un propos, et ils peuvent modifier le point de vue des lecteurs. En l'absence de preuve que d'autres personnes partagent l’avis d’une source à l'égard du contrat de Bombardier, la meilleure pratique serait de dire " un critique ", " un critique véhément ", ou simplement d'énoncer le nom et les titres de compétence de la personne.

En d’autres mots, l'affirmation selon laquelle le projet ferroviaire contrevient d'une façon ou d'une autre aux politiques du gouvernement du Canada est fondée sur le point de vue d'une seule source, un lobbyiste à temps partiel du Congrès ukrainien canadien (UCC). Encore une fois, il semblerait que le Globe ait choisi de façon sélective ou ait exagéré l'information pour qu'elle corresponde à sa propre histoire.

1 Traduction libre

Nous apprécions l'aide réfléchie que nous apporte le Conseil pour tenir le Globe responsable.

Il y a toutefois plusieurs éléments nourrissant les conclusions du Conseil sur lesquels nous sommes en désaccord. Il est important de noter que, dans chacun de ces domaines, c’est Bombardier qui plaide en faveur d’une information plus largement diffusée, d’une meilleure divulgation des sources et d’une plus grande transparence.

Par exemple, le Conseil a déclaré qu'il était acceptable pour le Globe de ne pas divulguer l'intégralité de notre déclaration et aussi d'omettre toute source indépendante appuyant ce que nous affirmions. De même, le Conseil a déclaré qu’il était acceptable pour le Globe de ne pas divulguer d’information sur l’utilisation actuelle des voies ferrées en cause, déclarant que « c’est une prérogative du journaliste de choisir l’angle de son article ». 

Nous ne sommes pas d’accord. Nous sommes d’avis que lorsqu’un journaliste ignore ou retient volontairement des faits pour ne présenter qu’un seul côté d’une question, il ne rend service ni au public ni à nos employés.

Bien sûr, nous ne nous attendons pas à ce que chaque article présente tous les détails et toutes les nuances d’une question. Mais, dans le cas présent, les faits dissimulés s’inscrivaient parfaitement dans l’angle choisi pour l’article — l’utilisation et l’objet des voies ferrées. Les propres normes du Globe promettent une couverture intégrale et équilibrée des sujets qu’il traite dans ses pages. Pourtant ici, dans un long article de plus de 1200 mots, il a choisi d’omettre des détails essentiels, manifestement parce que ceux-ci venaient contredire l’angle négatif qu’il souhaitait mettre de l’avant. Cela n’est pas du journalisme objectif. C’est un parti pris qui induit en erreur le public.

Enfin, il est particulièrement surprenant que le Conseil considère comme acceptables les efforts minimaux qu’a fait le Globe pour rectifier une erreur de fait aussi flagrante. Nous sommes convaincus que l’engagement déclaré du journal de rendre compte de toutes ses erreurs n’est tout simplement pas suivi par les actions qui s’imposent. Quand un journal utilise les médias sociaux pour accroître la portée d’un article contenant une sérieuse erreur, il devrait médiatiser sa correction sur les mêmes médias sociaux. En 2018, une politique de corrections qui n’inclut pas les canaux de médias sociaux est indéfendable. Nous invitons le Globe à reconnaître ce point et à mettre à jour sa politique.

Heureusement, le public demeure l’ultime juge de ce qui est éthique et responsable dans la manière de travailler des journalistes. C’est pourquoi nous continuerons à souligner les biais médiatiques, à énoncer des faits pour le public, et à inviter les gens à se forger leur propre opinion. Nous vous invitons donc encore une fois à lire notre plainte dans son intégralité et à tirer vos propres conclusions.

Mike Nadolski
Vice-président, Communications et affaires publiques
Bombardier

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